Youri est au Congo

Dans le cadre d une mission humanitaire avec l'ONG Francaise Atlas Logistique, Youri part en République Démocratique du Congo

24 février 2006

En RDC, on a du pétrole, et on a des aussi des idées…

Merci,

Le fret est arrivé dimanche dernier avec tous les colis. Les deux microscopes sont la, avec tous le matériel adéquate. Je vais vous tenir rapidement informé de la date de remise au centre scolaire Nuru. Vous ne manquerez pas l’évènement, puisque un petit reportage photos accompagnera mes commentaires. Restez donc attentifs !

J’ai encore quelque chose à vous demander. Votre générosité lors de l’opération de soutien scolaire à l’école Nuru d’Uvira a dépassé mes espérances. Ainsi, il existe un reliquat budgétaire d’environ 500 dollars. Bien sûr je pourrais faire construire des bancs et bureaux pour ces mêmes bénéficiaires. Nonobstant cette idée louable, (encore ce satané nonobstant !) je vous propose d’octroyer cet argent à une autre cause. Il s’agit de sponsoriser une Ong locale qui s’occupe depuis 1993 d’un volet de micro crédits pour des activités génératrices de revenus.

En effet, force est de constater que les idées ne manquent pas pour essayer de se sortir du marasme de tentative de survie au jour le jour. Des groupements se créent ainsi parfois pour mettre en commun le peu qu’on a et faire bouger le groupe. Cela peut aller du filet de pêche qu’on se prête, le matériel aratoire pour les agriculteurs ou une machine à coudre. Malheureusement, bien souvent pour ces populations motivées, la difficulté, c’est de trouver les premiers fonds pour se lancer, le système bancaire étant inexistant à Uvira. Alors, à l’africaine, on se repose sur ceux qui ont un peu plus de chance, par exemple ceux qui travaillent en Ong internationales avec un salaire à chaque fin de mois. Mais souvent, on abandonne avant d’avoir commencé.

Avant de prendre une quelconque décision à propos vos dons (et un peu des miens), je souhaiterai vous présenter ladite Ong. Le texte qui suit est en fait le rapport d’activité de 2005, que j’ai un peu épuré pour plus de lisibilité. C’est encore un peu long mais cela montre le sérieux et l’apparente qualité professionnelle des hommes qui la composent. Il était important pour moi de choisir des acteurs honnêtes dans ce pays où débrouillardise rime avec corruption et magouille.

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Le Programme d’Appui aux initiatives de Développement du Kivu  PAIDEK en sigle, est un programme spécialisé  dans la micro finance. il octroie des crédits, aux conditions du marché , à des associations, des groupes de caution solidaire, des micro entreprises familiales de développement en vue de renforcer des activités économiques viables et utiles.

Le PAIDEK choisit les conditions du marché dans une optique de durabilité et d’autonomie. En effet, le but est de mettre en place une institution qui peut poursuivre ses activités sur un long terme en limitant le plus possible sa dépendance vis- à vis des donateurs extérieurs.

HISTORIQUE

Le PAIDEK est né, d’une part du constat de l’acuité des besoins d’appui, par des crédits aux activités économiques menées par les ONG et communautés de base en République Démocratique du Congo, d’autre part de l’inexistence ou du délabrement des systèmes de crédit adaptés aux besoins de ces mêmes organisations de base.

En 1993, les acteurs à la base en RDCongo, animés par SOS-Faim/Belgique sous l’encadrement du consultant Michel Pelloquin prennent conscience de la possibilité de s’organiser et mener des actions de crédit en vue de l’autopromotion socio-économique au pays. Ils mettent ainsi sur pied le programme crédit-Zaïre en sigle PCZ.

LES OBJECTIFS

Le PAIDEK a pour objectifs primordiaux de :

- Construire un système de crédit dans les conditions actuelles du Kivu afin de répondre à un besoin de crédit non satisfait  au sein des organisations des populations à la base défavorisée.

- Encourager et appuyer les initiatives locales de développement économique au moyen des crédits adaptés aux réalités locales.

- Octroyer les crédits productifs et rentables aux conditions du marché en renforcement des activités économiques.

PROCEDURE DE CREDIT

La procédure de crédit consiste à intégrer un nouveau sollicitant de crédit dans notre système d’emprunt. Avant de devenir un client effectif, il doit pouvoir passer par un processus d’intégration. Cette démarche va de l’identification des groupes-clients potentiels sollicitant un crédit auprès de PAIDEK jusqu’à son apurement.

Les clients de PAIDEK passent par  les étapes suivantes :

  1. SEANCE DE RENSEIGNEMENT

ETAPE D’INVESTIGATION

Le contact avec les clients lors de la séance de renseignements se complète des informations fournies dans la lettre de demande de crédit. Il appartient à l’agent de crédit de programmer avec le client une descente sur  terrain pour s’enquérir de la réalité afin de mieux connaître individuellement les membres du groupe.

3  SEANCE DE DECISION SUR L’OCTROI DE CREDIT

-          L’octroi d’un crédit passe par une séance d’acceptation par tous les Agents de crédit, où ils se concertent pour discuter de la fiabilité du groupe et activités des membres et ainsi décider de l’acceptation, de la reconduite ou du rejet du dossier.

DOMAINES D’INTERVENTION

Avec les moyens mis actuellement à sa disposition, le PAIDEK intervient pour le moment dans les domaines ci-après : Agricole, petit élevage, commercial, transport, artisanat et micro industrie.

I.1. Sur le plan socio politique :

L’an 2005 a été marqué par une grande stabilité sur toute l’étendue du Territoire d’Uvira et ses environs : comme le Territoire de Fizi où nous avions jadis deux agences. Nonobstant cela, vers la fin de cette année, il y a eu des troubles sécuritaires dans la plaine de la Ruzizi qui n’ont même pas duré plus d’une semaine. En plus, ajoutons qu’à la veille de la noël un vieux papa et son fils ont été tués à coté de chez le chef d’agence ad intérim, pour l’avoir soupçonné de détenir son décompte final. 

A part cela nous restons convaincu que l’année 2005 s’est bouclée dans une situation sociale calme et dans un climat politique stable. Ce qui a permis à l’agence de bien fonctionner sans connaître le moment dure de rupture de ses activités

Dans le social, Le PAIDEK a joué un grand rôle dans la vie de beaucoup de ménages d’Uvira. De part leurs déclarations, la plupart d’entre eux se sont procuré des appareils électroménagers, ont fait étudier facilement les enfants même jusqu’au niveau universitaire et la vie familiale d’un bon nombre a été améliorée.

   

I.2. Sur le plan géographique

L’Agence d’Uvira se situe à coté du lac Tanganyika en face de la capitale du Burundi et sur les pieds des chaînes du mont Mitumba au Sud-Kivu. Il est borné au sud par la zone de Fizi regorgeant une grande partie de ressources : agricoles, lacustres, minières, approvisionnant la cité d’Uvira. Au Nord, la cité est limitée par la Plaine de la Ruzizi.

I.3. Sur le plan économique

Signalons que l’économie d’uvira n’est pas basée sur de gros investissements. Elle s’encre surtout dans le secteur primaire et tertiaire. Une bonne partie de la population exerce les activités commerciales avec de faibles capitaux, alors que l’activité principale de la population locale reste l’agriculture, la pêche et l’élevage. Le reste de la population se situe dans la fonction publique avec un très faible taux de rémunération ne leur permettant pas de survivre. Son implication sur le PAIDEK, est que les conjoints de ces derniers viennent nous demander le crédit alors qu’ils n’ont pas d’activités génératrices de revenu ou qu’ils en débitent pour profiter de ce crédit. Ce qui constitue une des raisons qui font qu’il y ait beaucoup de demandes qui ne soient pas acceptées.

                        La base de l’économie publique, c’est le Port de Kalundu. Et cela reste la plus grande source des recettes publiques du Territoire et même de la Province. Les investissements jadis existants, comme la Sucrerie de Kiliba et l’Estagrico ont fermé leurs portes sans espoir de les ouvrir. Cela conduit toujours à une augmentation du taux de chômage et de la délinquance de la population. Pour se ressaisir, cette population se recherche partout, même dans les secteurs où ils n’approuvent pas suffisamment d’expérience. Par conséquent, ils viennent précipitamment nous demander de crédit.

                        Ajoutons également que le taux de change est resté presque stable au courant de toute l’année 2005, sauf qu’à la fin de l’année où la monnaie congolaise s’est appréciée sans cause. Cela a permis à nos clients à ne pas subir beaucoup de risques de ce genre.

Encore, l’arrivée de certaines ONG internationales et l’extension des activités de celles existantes constitue des aspects positifs qui stimulent, en terme commercial et économique les activités de nos clients en leur faisant des bons de commande.

II. DE LA GESTION INTERNE DE L’AGENCE D’UVIRA

(…Au total, nous avons servi 44 nouvelles demandes sur les 84 reçues. Alors que le montant servis pour ces demandes s’élève à 30.020 $ au lieu de 118.960$. Soit à moyenne 25% du montant demandé.

Cet indice n’est pas bon, ça montre un petit délaissement de nouveaux dossiers. Cela étant, nous projetons pour l’année 2006, d’atteindre moyennement 50% de nouveaux cas à servir. Mais il faut signaler que la plupart de ces dossiers ne remplissaient pas les conditions d’accès aux crédits du PAIDEK.

Concernant, les requalifications, sur les 104 cas de renouvellement reçus, nous avons pu répondre à 140 demandes. Plusieurs raisons expliquent pourquoi le nombre servi est supérieur aux demandes reçues :

            - certaines demandes non servies venaient d’être servis le mois prochain. Ce qui fait que dans un mois, on peut servir plusieurs demandes que l’on n’a reçues,

            - Il arrive que certaines demandes échappent à l’enregistrement lors du dépôt. Mais cela vient de faire l’objet d’une stricte recommandation au secrétariat.

III.1.b. Les remboursements des Normaux  et recouvrement de R & D

Durant l’année 2005, le recouvrement nous a rapporté 19.084,67$US qui peuvent nous générer les intérêts de 572,54$ par mois si et seulement si l’octroi des crédits se fait de façon optimale. Parmi ces remboursements, 14 cas de douteux ont apuré leurs comptes chez nous.  Alors que la somme de 169.726, 99$US  a circulé normalement chez nos clients. Le tableau général des crédits montre que nous avons fonctionné avec un capital moyen des normaux et retards de 78.804$US. Donc le capital normal a circulé (169.726, 99/78.804 = 2,153786483) 2,153786483fois par an.

(...)

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Voilà, c’est à vous de me dire ce que vous pensez de cet appui en micro crédits.

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20 février 2006

Choléra, dépannage et fret

Nous subissons depuis fin décembre une pandémie de choléra. C’est une des conséquences de la sécheresse qui sévit dans la région des grands lacs. Pas d’eau dans les rivières, alors pas de fonctionnement du barrage hydroélectrique du Burundi, donc pas d’électricité pour alimenter les pompes qui, parfois en temps normal, approvisionnent les grandes villes en eau. Particulièrement à Uvira, l’hôpital général de référence a enregistré 370 cas dont deux décès en janvier et la tendance est similaire pour le mois de février. Notre intendante, Yvette n’a malheureusement pas échappée au fléau. Son enfant, Chance, s’est vidé dans la nuit de mercredi à jeudi. Très déshydraté, il a été conduit à l’hôpital en urgence. Msf, qui est venu spécialement à Uvira pour enrayer ce problème a accueilli cet enfant et l’a directement mis sous perfusions. Son état n’était pas très glorieux car il commençait à perdre connaissance lors de ses phases de vomissement et de diarrhée. Le choléra étant contagieux, particulièrement dans les zones où l’hygiène reste limitée, ses cinq autres enfants ont été placés chez des voisins. Maman Yvette s’occupe ainsi de son petit Chance, dans des normes de protection dictées par Msf. A ce jour, l’enfant semble se trouvé mieux, il a repris un peu de poids et les médecins émettent l’hypothèse d’une sortie prochaine.

Vendredi, nous étions déjà au dixième navire de 2006 en provenance de Tanzanie. Mis à part quelques dizaines d’embourbements sur l’axe difficile de Kazimia, rien à signaler. Pourtant, samedi soir, à Uvira, vers 19 heures, je reçois un message radio m’informant de l’arrêt du convoi qui remontait de Baraka à Uvira. Il est bloqué par un camion privé surchargé qui s’est copieusement planté dans un passage de rivière à gué et donc empêche tout mouvement. Lorsque nous arrivons sur les lieux avec un camion pour tirer, je constate que le châssis est posé sur un rocher et donc les roues tournent dans le vide. Après un essai infructueux pour tirer le dit camion, et malgré l’idée de la responsable Unhcr (qui accompagnait le convoi mais qui s’en est allé) je prend la responsabilité de faire traverser les réfugiés. Il s’agit de ne pas se lancer dans une opération délicate pendant la nuit. Je pense que ce choix est prudent. Heureusement, la plupart ont déjà été déposés dans leurs village, sur cet axe. Seuls restent 17 bénéficiaires. De nuit, on positionne les véhicules pour éclairer la rivière au maximum. Descendus du camion, les retournés, exténués par ce déjà long voyage se présente au bord de l’eau. Nous accompagnons les adultes dans un passage facile, mais les enfants sont plus apeurés et nous les prenons dans nos bras. Un petit garçon s’agrippe aussi fort qu’il le peut à mon cou et je devine qu’il ferme déjà les yeux quand je mets les premiers pieds dans l’eau. Nous sommes déjà de l’autre coté, mais il me tient fermement. De mon côté, fier de sa confiance, je grimpe la petite pente jusqu’au camion de sauvetage et je le soulève une dernière fois pour l’y faire monter. Son sourire est témoin de son soulagement et de sa reconnaissance. Encore une fois, mon moral se nourrit de ces moments intenses. Pour sécuriser les camions restés bloqués de l’autre coté de la berge, nous laissons les assistants chauffeurs passer la nuit. Le responsable sécurité, arrivé entre temps, met la responsabilité des véhicules (et les bagages de réfugiés) sur les militaires présents dans le petit village. D’habitude, ce sont les plus dangereux et les plus voleurs, mais, en les responsabilisant, nous espérons qu’aucun problème ne surviendra. Le retour de nuit se fait sans encombre et sans rencontre fâcheuse. Le centre de transit est déjà la et les réfugiés vont pouvoir se sustenter avant de passer une bonne nuit. Quant à nous, nous retournerons sur les lieux le dimanche matin pour sortir le camion privé de cette situation. Le t-shirt Mediaco n’a pas beaucoup de signification ici, mais le savoir faire est le même. Après moultes vérinages et calages, nous surélevons le châssis pour le libérer du rocher. Tirer par nos camions, il sort, trois heures après le début de la manutention. Remerciement et retour à la base pour un dimanche après-midi de farniente.

Pour finir le week-end, un de nos chauffeurs que j’avais envoyé à Goma (Nord Kivu) pour réceptionner le fret arrive à la maison. A priori tout est là, il s’agit du fret contenant, entre autre, les microscopes et le matériel pour l’école. Je pense à tous ceux qui ont participé à ce projet et j’imagine déjà les sourires des enfants et professeurs qui vont recevoir cette aide.

Cela fera bien entendu l’objet d’un prochain message.

La vie est faite de hauts et de bas. Ici, l’écart est très important. Ce blog sert à se souvenir des moments les plus forts, pour ne garder de cette expérience que le meilleur.

A bientôt.

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11 février 2006

Choses promises

tanzanie1 c'est le Mongozo, le bateau qu'on utilise d'habitude pour rapatrier les réfugiés de Tanzanie.

Mais il est en panne, alors on embarque sur le Liemba :tanzanie2  tanzanie3

Les retournés sont sur le pont tanzanie20

et la nuit tombe sur le lac Tanganyika  tanzanie5

On s'installe pour manger tanzanie4 tanzanie60et dodo...

La nuit est courte, et déjà c'est le lever de soleil tanzanie6 tanzanie7

On est arrivé à Baraka, RDCongo tanzanie8 tanzanie10  tanzanie9 

Bien sûr ce roman photos (à agrandir en cliquant dessus) est à mettre en parallèle du message précédent, "un voyage dans l'expérience".

A bientôt

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08 février 2006

Un voyage dans l’expérience.

Pour coordonner la logistique de l’opération de rapatriement entre la Tanzanie et la RDC, le Unhcr a initié une visite commune transfrontalière. En effet, beaucoup de choses restent imprécises comme l’identification des bagages de réfugiés au départ, voire même aberrantes. Par exemple, nous avons reçu ce vendredi matin le bateau remplaçant du Mongozo (en panne) à Uvira avec 457 personnes à bord mais 100% de ces bénéficiaires avaient pour destination le sud de la région. Autrement dit, il aurait été particulièrement intelligent d’envoyer ce convoi via l’autre point d’entrée, le superbe port de Baraka. Cela complique, voire même met en difficulté notre logistique en flux tendus.

Bref, nous avons embarqué sur le Liemba après que les retournés aient été emmené dans le centre de transit. Ce bateau, pas très avenant au demeurant, a une âme. J’ai ressenti immédiatement qu’il devait avoir une histoire, car son pont en bois caractéristique et sa structure en tôles rivetées à chaud comme la tour Eiffel témoignaient d’une construction du début du siècle. Pour m’enquérir d’informations, je discute alors avec la responsable des rapatriements Unhcr de Tanzanie, une sympathique Anglaise très expérimenté des questions de réfugiés. A part le Unhcr, elle a une autre passion, le Sudoku. Bien sûr, vous connaissez tous le Sudoku, avec ses killers, et ses Samourails ?

Bref, j’apprends que le Liemba a été construit dans l’Allemagne de 1912, puis démonté en 5000 parties que l’armée du Reich a acheminées à Dar Es Salam (océan Indien). Ensuite, ils ont utilisé la ligne de chemin de fer longue de 1500km entre Dar et Kigoma. Le problème, c’est que cet axe s’arrêtait alors à 30Km de l’arrivée. Ainsi, l’armée allemande a du prendre 20000 esclaves qui se sont relayés à coups de fouets pendant des mois pour porter les 5000 caisses entre 2 et 5 tonnes. Cette opération a fait officiellement quelques centaines de morts. Enfin à destination, le Liemba a pu être reconstruit par les trois ingénieurs allemands qui ont suivi ce convoi très spécial.

Le bateau a sillonné le lac Tanganyika depuis, essuyant la guerre contre les Belges et les Anglais au Congo, puis coulé et renfloué par deux fois dans la baie de Kigoma. A ce jour, c’est un des plus vieux navires qui croise encore sur le globe. Aujourd’hui bien sûr sa machinerie à vapeur a été remplacée par deux gros moteurs BMW, l’instrumentation du capitaine est désormais secondée par un Gps et un radar, mais la structure est restée identique à l’original et cela donne un charme tout particulier à cet ancêtre.

Pour rester dans l’actualité, j’ai appris que les Belges allaient construire chez eux un pont métallique très bientôt pour le démonter, le transférer et le reconstruire vers Kalémie ( RDC, au sud du lac Tanganika). Espérons qu’ils n’utiliseront pas les mêmes méthodes avec des esclaves !

Arrivée au port de Kigoma de nuit, les autorités Tanzaniennes n’étaient pas présentes pour nous faire des visas d’entrée. Ce n’est pas très grave pour le personnel des nations unies, mais pour nous, les Ong, nous allons passer ce séjour en toute illégalité !

L’hôtel où nous passons la nuit est un havre de paix avec tout le confort.

Le samedi, nous avons la chance de visiter le plus grand camp de réfugiés en Tanzanie, Nyarugusu. Il compte encore 61000 futurs bénéficiaires.

La route consiste en une piste large et bien entretenue et nous mettons seulement 3 heures pour rejoindre les collègues du bureau Unhcr qui vont nous guider. Après une courte rencontre de courtoisie, nous entrons enfin dans le camp. En fait de camp, nous ne verrons que la salle de réunion où nous attendent déjà les représentants des réfugiés. Il n’y a pas de clôture, bien sûr, mais les réfugiés n’ont pas le droit de sortir de la zone. Ils ne doivent pas faire de commerce, en théorie mais les jetons de vivres Pam (Programme Alimentaire Mondial) se négocient. Nous avions déjà parlé de cette tendance à faire beaucoup d’enfants et même à en prendre sous tutelle pour obtenir une ration plus importante. Le fait est que les normes de nutritions internationales ne sont pas respectées scrupuleusement. De toute façons, les statistiques n’existent pas et un recensement nous est expliqué par le représentant Unhcr Tanzanie quasi impossible. Après les présentations, notre première question concerne l’engouement pour le retour. Bien sûr la langue de bois est de mise, et les réfugiés annonce qu’ils sont tous prêt au départ. En fait, si on creuse un peu plus, on trouve une certaine catégorie de réfugiés (25%) qui se complait très bien dans le camp et qui estime que les conditions de vie sont meilleures ici qu’au pays. Cela va faire l’objet de notre exposé. Sans voiler la face, nous expliquons les difficultés d’accessibilité de certaines zones, le manque d’infrastructures scolaires, de soins, la pénurie d’eau potable et la destruction des maisons. Il ne s’agit en aucun cas de freiner l’élan de volonté de retour mais le Unhcr estime qu’il doit présenter la vérité à ces futurs retournés qui perdrons ainsi le statut très privilégié de réfugié. Selon eux les « Go and See » visiteurs de l’année dernière, pour juger par eux même des conditions et les retransmettre à leurs concitoyens de camp, n’ont pas reflété la totalité de la situation humanitaire mais ils se sont surtout concentrés à rapporter la pacification de la zone en occultant quelque peu le reste. Bien sûr, les retournés reçoivent une assistance pour se reconstruire, et certains privilèges leur sont octroyés provisoirement (gratuité des soins pendant 6 mois, gratuité d’école pendant 9 mois, assistance d’autres Ong…), mais cela reste temporaire. Ils doivent commencer à se prendre en mains, oublier ce fonctionnement d’assistanat permanent.

Le représentant des réfugiés semble comprendre ce discours, appuyé par le commissaire national pour les réfugiés congolais, venu de Kinshasa spécialement. Pour autant, il prend son rôle très à cœur et nous relate les revendications de ses camarades. Goudronner les routes du Congo, assister les retournés en frais scolaires et soins pendant 5 ans, construire des maisons beaucoup plus grandes et en plus grand nombre (pas seulement pour les vulnérables) sont autant de requêtes voire exigences qu’il nous lance en pleine figure. Le Unhcr lui réplique gentiment qu’ils vont revenir pour reconstruire le pays et que ce type de prétentions hors sujet ne relèvent pas de la communauté internationale mais de son gouvernement. Cela reflète absolument l’esprit d’une partie des réfugiés qui estime avoir des droits infinis d’assistanat auprès du Unhcr et des autres agences onusiennes. Nous quittons l’assemblée après d’autres débats stériles et traductions Français Anglais Swahili, un peu découragés et décontenancés. D’ors et déjà, nous savons qu’il existe certains cas de recyclage, entendez par là des réfugiés qui viennent de manière facilitée par le Unhcr, se rendent compte de la difficulté de la tâche pour vivre au pays et reviennent par leurs propres moyens en Tanzanie. Ils prennent bien sûr soin de revendre tous les vivres et non vivres que nous avions distribué mais lorsqu’ils reviennent au camp, l’abri est détruit.

Autre problème, la sécheresse qui sévit dans toute l’Afrique sub-Saharienne. La région des grands lacs n’est pas épargnée et les conséquences sont comme souvent ici des mouvements de populations. Les Rwandais et les Congolais vont au Burundi en espérant avoir l’assistance du Pam et du Hcr, idem pour les Burundais qui descendent en Tanzanie. Cependant, ces gens, tout vulnérables qu’ils peuvent être, ne sont pas des réfugiés au sens des nations unies.

Les jours qui vont suivre seront consacrés à des réunions plénières entre les Unhcr Tanzanie et RDC, leurs partenaires opérationnels, et les représentants des gouvernements. Tous les domaines sont pris en considération, et la logistique occupe bien sûr une grosse partie des débats. Le Unhcr confirme dès le début de cette mission transfrontalière que les budgets pour 2006 sont particulièrement réduits voire même ridicules. Par exemple, au niveau d’Atlas, notre proposition annuelle n’a pas été accepté et pour l’instant, nous sommes sur des discussions semestrielles. Ainsi, le doublement du volume de retour de 1000 bénéficiaires par semaine n’est absolument pas envisageable. Pour l’instant, je cherche à orienter le débat sur les difficultés que rencontrent nos interlocuteurs Tanzaniens qui nous envoient des retournés de n’importe quel axe de retour quelque soit le port d’arrivée. La réponse est pour le moins surprenante. Ils n’ont pas de base de données sur les réfugiés dans les camps depuis dix ans et font un enregistrement des retournés volontaires quelques jours avant le départ du bateau. C’est pourquoi nous ne recevons jamais la liste avant que le bateau n’accoste chez nous. Ils disposent uniquement de deux personnes par camp pour effectuer l’enregistrement ! Les gens prennent note.

Voilà en bref ce qui m’intéressait tout particulièrement dans les deux jours et demi de réunions.

Heureusement, pour nous remonter le moral, nous avons fait le voyage retour vers le Congo avec les réfugiés. L’ambiance a été chaude toute la nuit, nous n’avons pas dormi car ils étaient tellement excités à l’idée de rentrer qu’ils ont écouter de la musique congolaise toute la nuit !

Le Liemba et le lac sont toujours aussi beaux et je vous promet quelques photos très prochainement.

A bientôt pour de nouvelles aventures.

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02 février 2006

Je sais que vous aimez les paysages

Alors voici quelques morceaux choisis entre Bukavu et Goma.

Vous noterez que l'éruption du volcan de Goma a laissé sa lave n'importe où, même dans les magasins du centre ville.

A bientôt pour de nouvelles aventures.

 

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01 février 2006

Un peu d'histoire

Une période de trêve dans ce combat entre mes deux hémisphères cérébraux. Non. Simplement, je n’ai pas été très prolixe sur ce blog depuis deux ou trois semaines car l’urgence était ailleurs.

Il s’agissait de remettre les rapports de fin de budget en chiffres et en commentaires, ensuite proposer la poursuite et le développement de nos actions. Bien sûr cet exercice est très dépendant des fonds dont disposent les bailleurs. Ainsi, pour ce qui concerne le processus de rapatriement des Congolais exilés en Tanzanie, les Hcr ne dispose pour l’instant que d’une enveloppe très limitée et nous avons donc notre proposition couvre uniquement le premier semestre. Nous espérons bien sûr que les fonds seront disponibilisés rapidement pour terminer l’année. D’autre part, nous sommes en pleine évaluation pour lancer un projet similaire sur Bukavu et Goma aux frontières Rwandaises. En effet, le Unhcr nous demande un « devis » pour mettre en place une logistique idoine de rapatriement des Congolais qui sont actuellement dans les camps aux Rwanda et en Ouganda. Cela ne pourra se faire que si le processus de pacification se confirme, et si les périodes pré et post électorale ne sont pas le cadre de l’explosion de l’insécurité et des mouvements de troupes.  En parallèle de ces projets, normalement, nous demanderons très prochainement à Echo un budget pour construire quelques 500 maisons pour bénéficiaires dans le territoire de Fizi. Nous prioriserons bien sur les plus vulnérables des retournés mais aussi les nécessiteux des populations locales qui sont restés.

Parce que j’ai pitié de vous, et parce que nos vieux programmes scolaires font quelques impasses, je vous ai préparer un petit laïus accessible sans surabondance d’informations oiseuses et alambiquées.

La République démocratique du Congo (RDC), située au cœur du continent africain, émerge d'une décennie de conflits meurtriers impliquant jusqu'à sept armées étrangères. La vaste crise humanitaire qui a résulté de la guerre civile de 1996 est considérée comme étant l'une des plus désastreuses au monde (3.5 millions de morts et autant de déplacés). Le pays est entré dans une fragile dynamique de paix et de réconciliation depuis le début d'un processus de transition en juillet 2003. Géant incontournable du continent africain, doté d'innombrables richesses naturelles (minières, énergétiques, forestières), partageant ses frontières avec neuf pays, la RDC constitue un élément déterminant dans la stabilité, non seulement de la région, mais du continent africain tout entier.

À la fin des années 1990, deux conflits successifs ont dévasté le pays en entier. En 1996-97, une rébellion a fait tomber le régime de Mobutu Sese Seko. Mené par les soldats de l'Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo-Kinshasa (AFDL) et le Front Patriotique Rwandais qui tentaient de pourchasser les auteurs du génocide rwandais réfugiés au Zaïre depuis 1994, ce conflit a mené Laurent Désiré Kabila à la tête du pays. Le Zaïre devient alors la République démocratique du Congo. Les combats se sont intensifiés en 1997 lorsque l'Ouganda a décidé d'appuyer l'AFDL.

En 1998, une deuxième guerre civile a éclaté quand Kabila a décidé de chasser les troupes étrangères (Rwanda et Ouganda) du territoire congolais. Le conflit a pris une envergure régionale alors que d'un côté le Rwanda, l'Ouganda et le Burundi ont appuyé la formation du Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD) dans le but de renverser Kabila, et que de l'autre côté l'Angola, la Libye, la Namibie, le Soudan et le Zimbabwe ont appuyé Kabila. Pendant que le conflit s'intensifiait, les armées étrangères pillaient les ressources du Congo (diamants, or, coltan). En janvier 2001, Kabila père a été assassiné et son fils Joseph l'a remplacé.

Une série d'initiatives ont mené à une sortie de crise en RDC. L'accord de cessez-le-feu de Lusaka de juillet 1999 prévoyait un processus de dialogue entre Congolais qui devait conduire à la mise en place d'institutions et d'un gouvernement de transition. Le Dialogue Intercongolais a démarré le processus de paix au niveau national. Par la suite, la RDC a signé des accords de paix séparés avec le Rwanda et l'Ouganda pour le retrait de leurs troupes du territoire congolais. L'Accord global et inclusif à Prétoria (décembre 2002) et l'Acte final du Dialogue Intercongolais à Sun City (avril 2003) ont consolidé le processus de paix.

Depuis le 25 juillet 2003, un gouvernement de transition, avec le président Joseph Kabila, doit maintenir un climat d'entente en vue des élections législatives et présidentielles prévues au plus tard d'ici juin 2006.

Établie en 1999, la Mission de l'Organisation des Nations Unies au Congo (MONUC) joue un rôle important d'encadrement et d'appui à la transition congolaise. Son mandat lui permet d'utiliser la force en Ituri et dans les Kivu pour protéger les civils et pour assurer le couloir humanitaire pour les ONG.

Voili voilou, pour ceux qui sont interessés par plus de détails, n'hésitez pas à me contacter.

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